L’itinérance féminine doit sortir de notre angle mort collectif

Lettre ouverte, 30 septembre 2026

Face à la crise de l’itinérance qui prend de l’ampleur dans la région, le Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches (RGFCA) est rassuré de voir les chef.fe.s de parti faire de la lutte à l’itinérance une priorité. Le RGFCA se réjouit de l’engagement des cinq principales formations politiques à tenir un sommet national sur l’itinérance, tel que demandé en mai dernier par une coalition de personnalités publiques menée par Mme Pauline Marois. Toutefois, le comité vigilance en itinérance féminine* du RGFCA s’inquiète de l’absence de l’itinérance féminine et ses particularités dans le discours actuel entourant la crise de l’itinérance. Le comité demande à ce que l’itinérance féminine et ses causes, dont la violence faite aux femmes, soient considérées par le prochain gouvernement au pouvoir, par exemple dans un nouveau plan d’action national pour lutter contre l’itinérance. Les femmes en instabilité résidentielle vivent des situations de grande vulnérabilité et ont des besoins qui doivent cesser de passer sous le radar.  

Concernant la tenue d’un sommet national en 2027, le RGFCA insiste sur l’importance d’y inviter les organismes communautaires qui œuvrent spécifiquement auprès des femmes en situation d’instabilité. Les organismes établis en zones rurales et périurbaines, où l’itinérance est en croissance, doivent aussi être partie prenante du sommet, tout comme les expertes de vécu afin qu’elles puissent y partager leur réalité complexe (itinérance cachée, menstruations, prostitution de survie, hypervigilance, etc.) et leurs besoins spécifiques. Ces acteurs et actrices stratégiques ancré.es sur le terrain détiennent une expertise permettant de réfléchir à des solutions réellement adaptées aux personnes vivant l’itinérance.

Rappelons que les causes menant à l’instabilité résidentielle féminine sont connues et documentées, notamment dans un rapport de recherche publié cette année par le RGFCA. Une majorité de femmes en situation d’itinérance sont marquées par de lourds traumatismes. Trop souvent, elles sont ou ont été victimes de violences (conjugales, sexuelles, familiales, etc.). La violence faite aux femmes est l’une des causes de l’instabilité résidentielle sur laquelle le prochain gouvernement peut et doit agir, entre autres en prévention. Ainsi, il doit s’engager à financer suffisamment les maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale de première et de deuxième étape sur le territoire. 

Par ailleurs, le gouvernement se doit également de subventionner des hébergements à durée variable (urgence et transitoire) pour les femmes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir. Il est également crucial qu’il finance les ressources en intervention, car cet accompagnement psychosocial est essentiel pour les soutenir. Actuellement, le financement de l’intervention dans ces hébergements est négligé. Le comité vigilance rappelle la nécessité d’offrir des lieux sécuritaires pour les femmes et de favoriser le financement d’hébergements non mixtes, où elles se sentent davantage en sécurité et à l’abri des risques d’agression masculine.

Renverser la tendance en itinérance féminine, c’est possible si le gouvernement du Québec reconnaît ses particularités et que le financement est au rendez-vous pour répondre adéquatement aux besoins des femmes concernées.

*Ce comité est formé de cinq groupes membres du RGFCA, soit Connexion Emploi ressources femmes, le Centre-Femmes La Jardilec, Espace Mélilot et le Centre Femmes L’Ancrage. 

Cette lettre ouverte est une initiative du comité vigilance en itinérance féminine du Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches. 

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